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La Bugatti Royale

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La Bugatti Royale

Message par enrimores le Ven 25 Avr - 18:47

[size=48]La Bugatti Royale Rébus...
 
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"Je suis aux studios Cinecitta, à Rome, avec la production du film "Rébus". Ils ont besoin d'une réplique de Coupé Napoléon ! Pour des raisons d'assurances, ils ne peuvent pas louer la vraie Bugatti Royale. Ils ont déjà un carrossier italien mais il pose une condition : "Vu l'absence de toit et la longueur de la voiture, les portes avant doivent rester soudées à la carrosserie pour des raisons de solidité". Est-ce que toi, tu peux construire cette voiture en moins de deux mois, avec un plus : les portes avant qui s'ouvrent ?"
'Oui..., euh oui, il n'y a pas de raison"...
Depuis sept ans, le garage G.Cote's Workshop travaille "main dans la main" avec Rémy Julienne à relever des défis plus extravagants les uns que les autres, comme de dévaler une piste de bobsleigh à moto, faire une course en moto contre un skieur professionnel sur une piste dans le noir..., ou encore, pour une publicité consistant à poser un avion sur deux camions, etc...
Cette fois encore, Rémy Julienne a "scotché" le boss du garage G.Cote !
Il est 8 heures, le matin du premier juin 1987..., l'adrénaline ne quittera plus l'équipe du garage jusqu'à la livraison de la "Bugatti" : Patrick GARNIER, Sylvie MEYNIER, Willy ESCHLART, Roland BOIX-SABATA, Jacques DUHUY, Alain SIEBERT, Robert SARRAILH, Bruno COQUELIN, qui n'ont pas failli, tous passionnés, ayant conscience de vivre un moment exceptionnel.


02 juin 1987.
Avec l'aide de la production du film "Rébus", l'équipe du garage "G.Cote" a eu un accès privilégié et immédiat au Coupé Napoléon exposé au musée Schlumpf à Mulhouse. Par contre l'équipe n'a eu qu'un laps de temps très court (la journée du 2 juin), pour relever un maximum de dimensions sur papier millimétré, prendre les photos de divers détails et fabriquer des gabarits en carton. Pas le droit à l'erreur, car impossible de renouveler cette exceptionnelle mise à disposition.


03 juin 1987 matin.
Un châssis long et robuste était nécessaire pour construire une réplique de Bugatti Royale Coupé Napoléon disposant d'un moteur puissant, le choix s'est porté sur une voiture américaine. Par chance, l'intérieur de cette Cadillac avait brûlé.


03 juin 1987 après-midi.
Dans un coin d'atelier, sur un ancien Korek, donc sur un plan plat, la mécanique et le châssis sont en place, c'est le début de la construction.


05 juin 1987.
Prolongement du châssis. C'est à partir du radiateur en forme de fer à cheval, que tous les relevés de dimensions ont été faits.
 

15 juin 1987.
Sur cette photo on peut voir que le châssis de la Cadillac "donneuse" est en cours de re-fabrication... et que les ailes de la "Royale Rébus" sont déjà fabriquées. Dans un autre endroit de l'atelier, le moteur et la boite sont reconditionnés.


16 juin 1987.
Suivant les gabarits en carton, début de fabrication de la partie arrière de la carrosserie.


18 juin 1987.
Malgré le temps qui passe, l'équipe est obligée, tout au long de la construction, de présenter tous les éléments pour vérifier leur concordance, n'ayant pas le droit à la moindre erreur.


19 juin 1987.
Carton, mousse polyuréthane puis plâtre de finition. C'est la fabrication du moule de la partie arrière.


21 juin 1987.
Apprêt de finition avant le tirage du moule. On peut voir l'avancement du châssis et le détail de la porte en tubes fins, carrés, formés à l'aide d'une


"rouleuse".


27 juin 1987.
Châssis terminé. Mise en apprêt. Comme dans la construction d'une maison, après le gros oeuvre, le plus dur reste à faire !


29 juin 1987.
Pour le train avant, on travaille à partir d'un tube plein de 100 mm de diamètre, on en coupe un bout de 80 cm, on le passe le au tour pour lui donner une forme conique, puis on le soude perpendiculairement sur l'établi pour le chauffer au rouge afin de le cintrer suivant le gabarit en ferraille relevé sur la voiture. Ce n'est qu'une des trois parties qui composent le train avant.


30 juin 1987.
Sur cette photo, comme sur la photo précédente, on peut voir les étapes de fabrication de la calandre. Pour arriver à ses fins, l'équipe a dû couper dans une tôle de 3 mm d'épaisseur, cintrer et souder 3 exemplaires avant d'obtenir cette pièce importante taillée dans la masse. Ce n'est pas visible sur la photo, mais pour avoir l'effet "nid d'abeilles", on a du souder par points plusieurs épaisseurs de tôles perforées pour obtenir l'effet voulu en profondeur. Le vrai radiateur est fixé juste derrière.


03 juillet 1987.
Fabrication du capot et du support de pare-brise.


10 juillet 1987.
Encore un montage à blanc de l'ensemble, de plus en plus complet, comme la calandre déjà nickelée, ainsi que le support des phares posé au sol devant le châssis.


11 juillet 1987.
Afin de perdre le moins de temps possible, préparation de tous les éléments avant montage.


25 juillet 1987.
Champagne ! Il est 3 heures du matin, la voiture sort afin d'être convoyée vers Biarritz sur le lieu du tournage ; on remarquera l'habillement intérieur (jacquard à motifs floraux) et la copie en plomb chromé de l'emblème créé par Rembrandt Bugatti : un éléphant dressé sur ses pattes arrières.


27 juillet 1987.
Dans Biarritz, comme n'importe quelle automobile, la "Bugatti" fait le plein de carburant !


02 août 1987. 
Cette voiture a été construite au millimètre avec tous ses accessoires. Lors d'un essai routier Rémy Julienne à pu rouler à 140 km/h au compteur sans aucun problème de tenue de route ni de freinage. Exceptionnel !


10 août 1987.
Repos à l'ombre des pins, après une matinée de tournage.


28 août 1987.
On comprend pourquoi Christophe Malavoy vu son léger strabisme... (c'est un gag !) avait un problème avec le gabarit de la voiture !

 
28 août 1987.
L'équipe du garage G.Cote est touché par ce compliment venant d'une très grande et belle actrice.



Durant ses années de mannequinat, on lui reprochait ses paupières un peu lourdes, les yeux plissés qui scrutaient "par en-dessous", par coquetterie ou par défi.
Charlotte Rampling, port altier et jambes fuselées, a longtemps effrayé ou défrayé la chronique.
Une allure reine échappée du Swinging London, une élégance en apesanteur, so british, qui forgent très vite l’image d’une belle plante carnivore.
Aussi vorace soit-elle à l’écran, Rampling désarme et cache bien des bleus.
On l’imaginait fatale et insoumise, elle s’est éclipsée pendant quelques années sans rien laisser, avant de refaire surface, le regard dans le vague et le cœur un peu moins lourd.
Charlotte Rampling, portée disparue du cinéma, anglaise à l’aura ténébreuse, s’est faite discrète à une période de sa vie où la moindre larme menaçait de la noyer.
La personnalité sulfureuse et tourmentée, tête d’affiche controversée, a initié elle-même sa traversée du désert.
Immortalisée par Helmut Newton, chérie par Visconti, flattée par Oshima, idéalisée par Woody Allen, John Boorman ou Sydney Lumet, Rampling ne tourne jamais deux fois avec le même cinéaste.
Elle se livre, impatiemment et sans retenue, puis s’éloigne, en quelques brasses.
Ses absences et dépressions chroniques succèdent à la frénésie des premiers pas de deux.
Elle perd sa première alliée à 20 ans : sa sœur, qui partage son goût pour la scène et le music-hall, meurt d’une rupture d’anévrisme.
En pleine effervescence londonienne, la brindille en mini-jupe, non créditée au générique du volubile Knack, broie du noir et fuit sa terre natale.
L’optimisme d’un Georgy Girl semble enterré..., sa pâle insouciance se teinte de gravité.
Luchino Visconti songe déjà à elle : son flamboyant Damnés la conduit droit aux Enfers.
Charlotte Rampling, hier mannequin, chaste et indolente, découvre le vice, la félicité et la décadence d’une famille d’industriels allemands au temps du nazisme.
Sur le plateau, elle noue amitié avec Dirk Bogarde, qui la recommande à Liliana Cavani pour Portier de nuit.
Premier scandale.

 

Une rescapée des camps de concentration lie une passion sado-masochiste avec l’un de ses tortionnaires. L’affiche est restée en mémoire : bretelles et seins nus, visière crâneuse et gants menaçants.
Femme-enfant captive, enchaînée à un passé douloureux !
La peau sur les os, ange et pécheresse, Rampling s’abîme, ne craint plus la nudité, la virulence du mélo et surmonte l’épuisement d’un tournage sous pression.
La réponse des médias est cinglante : plus personne ne veut d’une vulgaire égarée dont la vie sentimentale (un heureux ménage à trois) choque tout autant.
Patrice Chéreau vient à point nommé et l’interne volontiers dans La Chair de l’orchidée, imbroglio psy et amoureux, où elle donne déjà la réplique à Bruno Cremer, le mari volatilisé de Sous le sable.
Un jour en France, un soir en Italie ou en Angleterre, Charlotte Rampling décide de prolonger ses séjours aux Etats-Unis.
Le climat est toxique, Hollywood ne ressemble en rien aux étoiles mirifiques du passé.
Mais la beauté de l’étrangère et son irrésistible mystère, trouvent leur parfait écrin chez Woody Allen dans Stardust Memories.
Fille de militaire rompue à la discipline, Charlotte Rampling n’en fait qu’à sa tête.
D'une invincible modernité, sauvage et impertinente, malgré les années..., entre un suspens alcoolisé (Le Verdict de Sydney Lumet, aux côtés de Paul Newman), une dérive maladive (Fox trot d'Arturo Ripstein, avec Peter O'Toole et Max Von Sydow) et un somptueux labyrinthe (Angel Heart d'Alan Parker, avec Mickey Rourke), l'insatisfaite renaît sous les traits de Margaret Jones, épouse éprise d'un chimpanzé.
Max mon amour de Nagisa Oshima fait trembler d'effroi la Croisette, mais marque un temps d'arrêt dans la filmographie de l'actrice.
Charlotte Rampling défend les plaies et les déchirements de ses personnages, mais en oublie de soigner ses propres défaillances.
Elle s'éclipse.
Sous le sable la ramène à la lumière.
Ozon écrit quelques pages pour elle, mais l'invite à écrire la suite avec lui.
Le mariage est si heureux que la convalescente accepte de rejoindre le metteur en scène une deuxième fois, pour Swimming Pool.
Rampling s'est depuis installée en France.
Après Jacques Deray (On ne meurt que 2 fois), Yves Boisset (Un taxi mauve) ou Claude Lelouch (Viva la vie!), une nouvelle frange de fortes têtes la courtise.
Michel Blanc (Embrassez qui vous voudrez), Enki Bilal (Immortel (ad vitam)), Antoine de Caunes (Remake), mais surtout Laurent Cantet (Vers le sud) et Dominik Moll avec Lemming, où elle sème la zizanie au sein d'un maison trop sage.
Sans elle, le thriller s'enlise ou s'appauvrit.
Restée fatale, Charlotte Rampling résiste au temps, aux bouleversements, et s'autorise timidement un sourire...
Un vrai rébus..., non ?

De temps en temps, les adultes prennent le temps de s'asseoir pour contempler en pensées, le désastre qu'est leur vie.
Alors ils se lamentent sans comprendre et, comme des mouches qui se cognent toujours à la même vitre, ils s'agitent, ils souffrent, ils dépérissent, ils dépriment et ils s'interrogent sur l'engrenage qui les a conduit là où ils ne voulaient pas aller.
Que sont nos rêves de jeunesse devenus ?
Les enfants croient aux discours des adultes et..., devenus adultes, comprenant que le faux supplante le vrai comme les rêves la réalité, ils se vengent de leur crédulité en trompant leurs enfants, gaspillant toute l'énergie disponible en activités stupides...



Dans l'imaginaire collectif pré-années trente..., les Bugatti Royale, plus qu'être symboliques de leur époque et de le perdurer pour l'ensemble de l'histoire automobile jusqu'au mythe, sont considérées comme la perfection magnifiée d'un temps qui n'a jamais existé que dans les histoires que les adultes racontent aux enfants.
C'est une escroquerie !
De la même manière que les cathédrales ont toujours éveillé en moi, ce sentiment proche de la syncope que l'on éprouve face à la manifestation de ce que les hommes peuvent bâtir à la gloire de quelque chose qui n'existe pas, la passion dévote en une marque, harcèle mon incrédulité à la perspective que tant d'intelligence ait pu servir une si vaine entreprise.



Nous ne connaissons du monde que l'idée qu'en forme notre conscience..., tel est le discours des adultes..., mais en réalité, nous n'en connaissons rien, toute connaissance n'étant que l'auto-exploration de la conscience réflexive par elle-même...
C'est ce qui me permet de renvoyer le monde, en ce compris les Bugatti et tout ceux qui vont avec..., au diable !
Parfois, cependant, la vie apparaît comme une comédie fantôme...
Comme tirés d'un rêve, les gens se regardent agir et..., glacés de constater la dépense vitale que requiert la maintenance de nos réquisits primitifs, se demandent avec ahurissement ce qu'il en est de l'art, leur frénésie de grimaces et d'œillades leur semblent soudain le comble de l'insignifiance et leur position dans l'échelle sociale, d'une fruste vanité...



Ces jours-là, où chavirent sur l'autel de la nature humaine, toutes les croyances romantiques, politiques, intellectuelles, métaphysiques et morales que les années ont tenté d'imprimer en eux..., la société s'enfonce dans le néant du sens.
Exit les riches et les pauvres, les penseurs, les chercheurs, les décideurs, les esclaves, les gentils et les méchants, les créatifs et les consciencieux, les syndicalistes et les individualistes, les progressistes et les conservateurs, ce ne sont plus qu'homidiens primitifs dont grimaces et sourires, démarches et parures, ne signifient que cela : tenir son rang ou mourir...
Ces jours-là, au nom de l'art, tout devient art, même les pires choses.



D'où vient l'émerveillement que les gens ressentent devant une Bugatti Royale Type 41 Coupé Napoléon ?
L'admiration y naît au premier regard... et si on y découvre ensuite, dans la patiente obstination qu'on met à en débusquer les causes, cela ne dissipe ni n'explique le mystère de l'éblouissement premier.
C'est une énigme qui atteint chacun à la certitude d'une intemporelle adéquation, qui donne une brève mais fulgurante illusion..., la convoitise humaine...
En ce cas, comment convoiter une automobile unique au monde qui s'évalue à plus de 40 millions d'euros ?
En la volant, ou en la copiant, ce qui revient au même...
Plus en adéquation, en en achetant une copie, la plus parfaite possible...
Voilà...



J'en reviens (enfin) au fil de cette saga en 3 parties...
Après avoir réalisé et publié la #1, j'ai cherché à obtenir l'adresse et l'identité du G.Cote dont question... étant l'auteur de la copie de la Bugatti vedette du film Rébus.
Rien nulle part.
Essayez, vous verrez..., le vide abyssal d'une personne ayant décidé de disparaitre plutôt que disparue...
A force d'obstination, j'ai obtenu le mail d'une dame "Sylvie" qui, contactée, m'a répondu via Facebook en m'envoyant un simple numéro de téléphone portable en France...
Quelques temps plus tard, G.Cote m'envoyait lui aussi un émail en indiquant le même numéro...
J'ai donc appelé...
What else ?



Il m'a dit avoir 63 ans, être l'auteur de la réplique Bugatti Royale Rébus, m'a commenté le comment et le pourquoi de la réalisation de celle-ci il y a presque 1/4 de siècle...
Mais surtout, il m'a dit qu'il en avait fabriqué une deuxième simultanément... et qu'il l'avait toujours !
- Remy Julienne est un jour arrivé à mon garage pour constater l'avancement des travaux et a voulu que je stoppe le boulot en cours car ma Royale était trop complexe, il voulait une voiture de cinéma, plus simple, plus légère, moins bien finie... J'ai donc recommencé sur des moules de ma première et en ai fait une réplique plastique. Elle roulait pas trop mal, c'était suffisant pour le film, comme vous l'avez vu sur les photos. Mais j'ai gardé la première, je l'ai toujours.
- Qu'en faites-vous ?
- Rien, j'attends pour la finir, que quelqu'un en ait envie et me l'achète.
- Donc vous l'avez depuis près de 25 ans et maintenant vous voulez la vendre ? Comment est-elle, question état ?



- Mieux que l'autre que vous avez raté de peu il y a une quinzaine d'année et qui est maintenant exposée au musée de Sinsheim en Allemagne...
- Mais encore ?
- Elle est toute en acier, quasi roulante, magnifique... 
- Et le prix ?
- Vous savez qu'une réplique similaire réalisée par Tom Wheycroft a été vendue 1 million de Livres Sterling ?
- Non..., vous savez, dans ce genre d'affaire, les prix fluctuent au gré des imaginations... Mais combien pour la vôtre ?
- C'est à discuter. Je viens de temps à autre à Charleroi en Belgique, si vous y passez on peut se voir...



Rendez-vous est convenu pour le vendredi matin...
Dans le lap de temps qui me reste je publie la partie #2 qui explique l'aventure vécue dans ma quête de la Bugatti Royale du film Rébus et d'un vrai moteur Bugatti Royale équipant un autorail "Micheline" Bugatti se trouvant à Madagascar.
Le vendredi je repars à l'aventure... très tôt le matin.
La voiture ne se trouve pas à Charleroi mais dans la France profonde...
J'ai deux appareils photos, des vivres et un moral d'acier... ainsi qu'un carnet d'euro-chèques et le N° de tél de mon banquier pour éventuellement lui faire envoyer un Swift-banque dans les 2 heures de mon ordre téléphonique..., je peux donc suivre la voie tracée par... mon destin, en l'occurrence G.Cote...



Arrivé sur place dans l'après-midi, je découvre une grosse bâtisse austère baptisée "manoir" et qui semble inhabitée, ainsi qu'un peu en retrait, un très grand hangar bondé de ferrailles, de carcasses de motos, de 4 voitures anciennes restaurées et de 4 autres en cours de restauration... et tout au fond... une coque de Bugatti Royale Type 41 Coupé Napoléon posée sur un bâti rouillé pourvu de 4 roulettes...
L'engin a été fraîchement et hâtivement repeint partiellement en noir mat.
- Elle est loin d'être terminée et n'est pas quasi roulante comme vous me l'aviez dit au téléphone ! C'est une coque en plastique comportant la caisse et les 4 ailes... Il n'y a rien !
- Je ne me souviens pas vous avoir dit cela, c'est possible...



- Oui, vous m'avez également dit qu'elle était en tôles d'acier... et je constate qu'elle est totalement en plastique, ce n'est pas la même chose, du tout ! Il n'y a pas de suspensions, ni à l'avant, ni à l'arrière, il n'y a même pas de pont arrière, pas plus qu'il n'y a l'essieu rigide avant !
- C'est rien, pas grave..., l'essieu avant est là au fond, enveloppé dans du papier journal, regardez il est même déjà chromé...
- Oui..., mais il n'y a rien d'autre, comment fixer les jantes, ou sont les tambours de freins, les tirants, les attaches diverses... et le moteur ?
- Le moteur est au fond, là sous le carton, avec la boîte automatique...
- Mais... il est dégueu... en plus il est démonté, déculassé, et il me semble que c'est depuis longtemps !
- C'est rien, en quelques heures je l'aurai rectifié et remonté, pareil que la boîte automatique...
- C'est une hérésie, ça, une boîte automatique sur une Bugatti Royale... et un moteur V8 aussi...
- Beaucoup plus pratique, non ?



- Franchement, là, rien ne correspond à ce que vous m'avez dit !
- Elle est belle, non ? Imaginez-là finie, quelle beauté !
- Oui, sans doute, mais comment puis-je juger que ce sera une vraie voiture et pas une auto de cinéma qui brinqueballe en tous sens... D'ailleurs rien n'est prévu pour des joints caoutchouc sur le pourtour intérieur portes/carrosserie...
- Je ferai des joints sculptés en silicone, ce sera très bien...
- C'est dingue, ça ! Et les phares et les tambours de freins et les entourages des vitres.... et les poignées ?
- De fiacre, de fiacre les poignées, elles doivent être quelque-part, sinon dans une foire, pas grave... et les tambours, ils sont ici sous ce drap, avec les phares Marshall qui m'ont coûté une petite fortune...



Les phares sont quasi déchromés d'usure, la glace est floutée/usée, les entourages de vitres n'ont rien à voir avec la Bugatti, ils sont tout pourris/rouillés et viennent d'une épave de Traction avant Citroën... quant aux tambours, ils sont dans ce même état et n'ont manifestement jamais été adaptés à l'essieu ni aux jantes de 24 pouces Bugatti qui sont les seules pièces authentiques de ce bitza...
Mais là aussi, les pneumatiques qui y sont montés, exceptés ceux des deux jantes placées au hasard sous les ailes arrières, sont trop petits...
Je remarque également divers instruments de tableau de bord siglés "Smith"...
- C'est normal, là, des instruments
"Smith" anglais sur une Bugatti ?
- Oui, oui, c'est normal... Écoutez... on va être pratique...
- Oui, je vais prendre quelques photos pour immortaliser votre
"création"...
- Soyons pratiques, allons prendre un café...



On "remonte" vers le "manoir" et on s'installe dans la salle-à-manger/salon..., les chaises sont du mobilier de jardin en plastique vert avec des renforts "maison" fixés avec des rivets "pop"...
G.Cote est sympa, souriant, et la Sylvie qui m'avait aiguillé via émail est son épouse...
On papote, ils vont chercher une caisse en carton renfermant des centaines de photographies... et forcement on regarde les photos et quelques albums relatant son passé de cascadeur...
Rendez-vous est pris pour dîner vers 19h30, ce qui va m'obliger à dormir localement...
Une fois dans la chambre d'hôtel, je tente de faire un point de la situation... et une lampe rouge se met à clignoter dans ma tête : "Attention, attention"...



< Pourquoi m'a-t-il affirmé que cette réplique était en tôle alors qu'elle est en plastique ?
< Dans ce cas, ou sont les moules et ou se trouve le gabarit de base ?
< Pourquoi n'a-t-il pas terminé cette voiture ? Elle se trouve telle quelle depuis près d1/4 de siècle, c'est étrange !
< Et pourquoi moi ?
< Bizarre qu'il semble se cacher de je ne sais qui ou quoi, car pour le trouver, c'est pas simple et sa femme "Sylvie" fait écran...
< C'est le fait que cette voiture en "Kit" est dans cet état d'abandon, en attente de remontage depuis près d'1/4 de siècle qui me turlupine...



Je téléphone à un ami du sud de la France qui a très bien connu l'épopée des Ferrari GTO Favre/Garnier...
- Putaing, Patrice, fais gaffe, ce sont peut-être des fous, il se pourrait que... Tu sais j'en connais qui m'avaient proposé des voitures de rêve et ils avaient des dettes partout, si c'est pareil, tu risques de douiller tes ronds, et ils pourraient les utiliser pour d'autres choses... et s'il en reste un peu, ils vont faire quelques bricoles pour que tu payes le second acompte, mais ça va durer des mois et des années... et en finale, pffffffouiiiiiii ils pourraient disparaitre au Canada, en Australie ou en Argentine, tu ne les retrouverais jamais ! C'est pas comme si tu douilles pour une Lambo ou une Rolls ou tu donnes un acompte à des firmes établies ou t'es certain de la bonne fin... ici c'est peut-être du rapé d'avance, y a pas de firme, y a même pas de gens, t'es même pas certain que ce sont bien eux...
- Et si je paie un acompte de 5 ou 10.000 pour bloquer l'affaire, le solde lorsque la voiture est terminée ?
- Putaing, con'g, putaing de putaing, mais tu ne te rends pas compte ! C'est pire, là ! Ceux que je connais ils ont pris les ronds et que j'ai rien eu en retour, pour 5 ou 10.000 quoi espérer en justice ? Rien, ils ont là même pas eu besoin de cavaller... Putaing ! La règle d'or, c'est l'argent dans une main, la voiture de l'autre et devant un témoin armé, putaing ! Je raccroche, c'est trop con, putaing de putaing, c'est trop con'g de trop con'g, y a que toi pour te foutre dans des histoires pareilles, putaing !



19h35, le téléphone de la chambre sonne, G.Cote s'inquiète que mon portable est toujours occupé, il me dit qu'il est "de l'autre coté" ou il a réservé une super table ou on va pouvoir terminer l'affaire...
Le restaurant doit être un 10 étoiles au Super Michelin, le genre classieux mortel...
Et c'est le cas !
Je suis en tenue de combat, mon ensemble baroudeur (voir photos)...
G.Cote et Sylvie sont déguisés, costume/cravate pour lui, talons aiguilles et tailleur pour elle... occupés à déguster un Chivas millésimé...
Les nombreux laquais en livrée se concertent et nous invitent à nous installer dans une pièce vitrée de partout, genre aquarium, qui est contigu à la cuisine ou une quinzaine de mirlitons s'excitent en tous sens à préparer quantités de mets compliqués et hors de prix...
Le moindre plat est à 80 euros, sans entrer dans des détails indigestes, l'ensemble, avec vins et divers va lui coûter plus de mille euros...
Gênant !



Gêné je suis...
A chaque plat, des affairés en grande tenue viennent nous couper pour déclamer absolument tout ce qui se trouve dans les plats, chaque fois servis en deux étapes... et entre les plats sont servis des "entre-deux", des vins... des "en attendant"...
Même le patron débarque pour ajouter son grain de sel, se désolant que le foie gras était trop chaud, pas assez croquant..., d'où un plat de condoléances (gag !) et encore du vin... et encore des déclamations de contenus...
Au milieu de tout cela, je tente d'affiner la vraie raison de ma venue, mon achat de la réplique Bugatti...
Le prix est maintenant connu, il ne peut être débattu... et doit être payé en 4 mensualités...



Je soussigné G.Cote, domicilié au....., certifie avoir vendu le véhicule Cadillac, mentions spéciales ; Réplique Bugatti Royale-Type 41, immatriculation XXX XXX 95 à Mr Patrice De Bruyne domicilié à... Pour la somme totale de XXX : voiture terminée, comme défini verbalement entre les deux partenaires, d'après photos. Prévision fin des travaux Juin 2011. En cas de retard pour quelque raison que ce soit, aucune pénalité ne sera appliquée. Échéancier sur 4 mois à partir d'aujourd'hui jusqu'à la fin des travaux : Premier chèque le 18 février 2011 d'un montant de XXX encaissable dès maintenant... Deuxième chèque daté le 18 février 2011 d'un montant de XXX encaissable le 1er avril 2011... Troisième chèque daté 18 février 2011 d'un montant de XXX encaissable le 1er mai 2011... Quatrième chèque daté 18 février 2011 d'un montant de XXX encaissable à la fin des travaux....



- Pourquoi le certificat d'immatriculation est-il d'un autre département que celui-ci ? Pourquoi en C1 est-il au nom d'une personne qui n'est pas partie prenante à cette facture/contrat alors que vous agissez en tant que personne privée et que c'est cette personne qui est indiquée en C4a comme le propriétaire du véhicule ? Pourquoi le véhicule est-il maintenant une Cadillac en D1 de 1963 en B ? Pourquoi ce Certificat d'immatriculation date-t-il de 2005 avec une mention rectificative en Z1 et Z2 indiquant Réplique Bugatti Royale Type 41 ?
- Tout est en ordre, ne vous en faites pas, il faut simplement barrer la carte grise...
- Il faut qu'elle soit au même nom que la facture... ou alors que la facture soit du nom du Certificat d'immatriculation, ce qui ne va pas puisque c'est vous qui vous engagez à terminer la voiture...
- Pas important ces paperasses !
- Justement si... Et de plus, la facture n'est pas bien libellée, c'est vague concernant l'état de la voiture... pour un peu c'est comme si je vous l'achetais comme sur les photos... Et les chèques, c'est pas légal de tracer des chèques aujourd'hui et de les antidater... la loi en la matière vous autoriserai même à les encaisser de suite... vous me mettez en porte-à-faux si je signe cela... De plus je n'ai toujours aucune réponse à mes questions de cet après-midi...
- C'est à prendre ou à laisser !
- Comment ça, à prendre ou à laisser..., nous discutons...le prix d'abord, les modalités ensuite... ainsi que les garanties de part et d'autre... Le montant est conséquent, ça ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval... Qui plus est, pourquoi avoir disposé des accessoires et des pièces sur cette table à coté de la voiture, manifestement presque tout n'était absolument pas des pièces de la voiture... Pourquoi avoir voulu me faire croire que c'étaient des éléments de la voiture prêts au remontage ? Et la voiture, n'est pas comme définie par téléphone, elle est entièrement en plastique, non roulante et sans pièces... Si vous devez tout fabriquer, vous en aurez pour des mois et des mois...



Sylvie est énervée et s'écrie que son mari a des mains en or, qu'il et elle sont honnêtes et qu'elle pense se lever, prendre son sac et partir...
G.Cote devient lui aussi très énervé...
- Je ne discute pas, c'est à prendre ou à laisser...
- Je suis d'accord d'acheter votre voiture, mais les modalités sont inacceptables..., vendez-moi ce que j'ai vu, la coque et les ailes... Combien ?
- Bon, la voiture n'est plus a vendre, terminé, j'espère que vous avez bien mangé sur notre compte et que vous avez passé une bonne soirée...
Sylvie et G.Cote se lèvent... et partent à toute allure...
Pas d'appel ensuite, ni en fin de soirée, ni le lendemain matin, ni même dans la journée ou je remonte vers la Belgique..., quoique je rends compte à mi-route que la batterie de mon téléphone portable est vide, ou presque... SOS !
Étrange affaire...
Je tél à mon ami avocat, qui me dit qu'il vaut mieux ainsi car sinon je n'avais aucune garantie et qu'en nos temps de crise, l'argent est précieux..., sûrement plus qu'un rêve qui risquerait de virer au cauchemar...
Fin de partie..., la saga est (peut-être) terminée...
Vos avis ?



Je vous vois d'entrée de jeu me taxer de superficialité rétro (l'amour de l'ancien pour son style), ou d'une nostalgie réactionnaire de type "c'était mieux avant".
Il y a peut-être de ça, mais je pense que ça va plus loin...
La collision de deux mondes diamétralement opposés m'interpelle.
Bien sûr, le débat de l'Analogique Vs Numérique ou Hardware Vs Software est un grand classique, mais, en y réfléchissant, je me suis aperçu qu'il touchait tout les domaines de nos vies.
J
'aime cette époque où les constructeurs et possesseurs de pathétiques répliques en plastique ne se la "pétaient" pas grâââââve en se prétendant issus de la cuisse de Jupiter, allant, tel Xavier DeLaChapelle, jusqu'à mépriser le reste du monde et à se croire réels propriétaires et même créateurs de la marque Bugatti..., poussant le bouchon bien profond dans le fondement du vulgum-pecus en voulant protéger leurs copies comme des "créations-personnelles" !.
J'apprécie une réplica pour ce qu'elle est, pas pour ce qu'elle prétend être...
Rouler différent est amusant, mais sans plus..., vouer une adoration à une réplique ou une évocation, en finissant par y voir l'essence de la vraie voiture copiée, ce n'est plus du plaisir mais relève de la psychiatrie...
Il existe en effet des clubs qui se vouent à l'adoration ce certaines marques de répliques, à un point tel que les membres du "Club-DeLaChapelle", discourent sur "l'authenticité des répliques DeLaChapelle" !..., ce qui est là, non seulement délirant, mais une injure aux vraies Bugatti desquelles les DeLaChapelle ne sont que des autos-copies en plastique...
Ou peut donc se nicher là-dedans une quelconque "création"...




Pour ma part, j'aime le toucher du bois sur un tableau de bord, j'aime sentir la pellicule défiler quand je réarme mon appareil photo, j'aime poser le diamant sur le sillon et me relever pour changer de face...
Ce n'est pas seulement une question de style ou de cachet, je suis intimement convaincu que l'évolution de la manière dont nous interagissons avec les objets du quotidien... et particulièrement ceux liés à la culture, finit par influencer terriblement toute notre conception du monde et de la vie.
L'heure est à la dématérialisation, au numérique : plus question d'aller chiner, dans une échoppe poussiéreuse, l'album magique, de s'imprégner de l'odeur de carton et de colle de la pochette, de le ramener chez soi en salivant d'anticipation avant de le poser amoureusement sur sa platine.
C'est tellement plus simple, de rester posé devant son écran, à acheter des morceaux au coup par coup sur l'iTunes music store qui iront remplir un joli petit baladeur blanc et chrome plutôt que de s'aligner sur les rayonnage d'une étagère en bois.
Plus besoin d'armer l'obturateur, de faire sa mise au point, de régler le diaphragme, de se demander si la pelloche Ilford HP5 à 400ISO ne va pas être trop contrastée vu la lumière, puis d'attendre d'avoir fini le film et payé le tirage pour enfin voir le résultat.
Aujourd'hui on brandit un carré de plastique, souvent un téléphone, avec une lentille dont la taille rappelle celle du légume du même nom... et hop, gratification instantanée !
Si elle n'est pas bonne, on la jette !
Et ainsi de suite.
On dessine sous Photoshop, on écrit sous "Mot de Micro-Mou"... et les réalisateurs font des films, sans film, justement, sur disque dur.
Bien sûr, j'ai l'air d'un vieux râleur nostalgique, mais ce n'est pas simplement qu'une question de médium, de forme, de moyen : toute cette instantanéité, toute cette facilité, finit, en modifiant les paradigmes d'usage, de création..., par influer sur le fond lui-même.
Est-ce que Robert Doisneau aurait pu prendre des photos avec son Nokia ?
Est-ce que George Martin aurait pu faire Sergeant Pepper sous Pro Tools ?
C'est très dangereux de situer ce débat uniquement sous une dimension pratique, mine de rien, la dictature du pomme-Z, la mutabilité, la flexibilité, la praticité des supports numériques modernes (que j'apprécie, ne nous méprenons pas) influe diaboliquement sur le contenu.
Est-ce que Céline aurait écrit son "Voyage Au Bout De La Nuit" de la même manière si il avait la possibilité d'annuler, de reprendre, de couper, de coller ?
J'en doute.

  


Et ça ne touche pas seulement les processus de création ou de consommation culturelle (tellement ignoble, mais tellement vrai) : A l'heure où le matérialisme est érigé en religion, les objets... et la manière dont nous les utilisons, finissent par modeler notre mode de vie.
Vivre entouré d'objets jetables dans un monde en plastique, finit forcement par avoir des conséquences.
Quelle tête aura votre clio neuve, votre appareil photo numérique, dans 30 ans ?...
Se porteront-ils aussi bien que mon vieux Minolta ou la Pierce Arrow de mes rêves ?
Nous nous construisons un monde joli, plastique blanc et aluminium chromé, avec un petit logo à la pomme.
Des voitures sans risques, des meubles scandinaves, du safe sex, ne plus fumer, être politiquement correct, lisse, retouché sous photoshop.
Le perfectionnisme technologique a donné l'impression que l'on pouvait tendre vers des outils de plus en plus parfaits.
Et du coup, on obtient des pratiques et des actions exécutées de plus en plus parfaitement.
C'était oublier la terrible uniformité de la perfection, sa grande tristesse.
Toutes les bonnes choses procèdent d'une part d'imperfection, d'accident.
Et ça s'applique aussi bien à la distorsion d'un ampli à tubes qu'à une recette ratée, un juron à la télé, le fait de tomber amoureux, ou le feulement d'un huit cylindres en ligne qui rend impossible la moindre conversation...
Du coup, le monde d'aujourd'hui semble attendre des individus le même degré de perfection clinique.
L'homme idéal du 21ième siècle est comme un iPod : svelte, complet, efficace, pratique, mais terriblement stérile.



Étonnamment, nombre de béotiens considèrent encore Bugatti S.A.S. comme un constructeur d'essence hexagonale quand certaines revues de salle d'attente n'hésitent pas à référencer cette entreprise aux couleurs du coq gaulois.
Avouons que le deuil du prestige à la française n'a jamais été facile à faire quand on aborde l'industrie automobile comme un match de football.
Bugatti S.A.S. a beau avoir emménagé à Dorlishem (67), dans le château qu'Ettore utilisait jadis pour flatter ses richissimes clients, la Bugatti portant le nom de Pierre Veyron n'en reste pas moins aussi française qu'un membre du groupe Tokyo Hôtel se débattant avec la langue de Molière devant un parterre de petits parisiens hystériques.
L'imposture va débuter avec l'utilisation du logo Bugatti sur une pâle copie en plastique évoquant de très loin la Type 55 de Jean Bugatti..., œuvrette pathétique de Xavier DeLaChapelle qui sera sommé d'arrêter sa production de réplique après avoir commis l'outrage ultime de singer au 3/5ième (et toujours en plastique), la fameuse Bugatti Atalante...



La création de faux et leur usage étant accentué par le montage d'une réplique du moteur Bugatti dans une DLC type 57 immatriculée (Dieu seul sait comment) en Suisse...
Ce premier épisode qui se soldera (en double sens) par une faillite... étant tellement pathétique, tant Messier-Hispano-Bugatti, qu'ensuite Romano Artioli et VW ont préféré masquer ce pénible épisode de l'histoire de leur marque, comme s'il n'avait jamais existé !



En 1991, l'industriel italien Romano Artioli a été le second à galvauder l'ovale Bugatti dont les droits appartenaient toujours et jusqu'alors à Hispano-Suiza, (Messier-Hispano-Bugatti) suite au rachat de la marque en 1963.
Toutefois, Artioli avait au moins eu l'honnêteté de ne pas cacher la nationalité de sa société "Bugatti SpA".
De l'orientation "GT" voulue par Paolo Stanzani, entre autres père des Lamborghini Miura et Countach, aux lignes tendues au couteau de Giugiaro (en passant par des financements à l'opacité mafieuse ajouteront les mauvaises langues), l'EB110 relevait en effet d'une initiative purement italienne.
Et la proue de la nouvelle Bugatti avait beau arborer le célèbre fer à cheval inspiré, dit-on, par la porte médiévale de Molsheim, la voiture tenait plutôt du fer à repasser.
Adieu, l'Alsace !
Pour le symbole, un feu de forge avait d'ailleurs fait le voyage de Molsheim à Campogalliano, telle une flamme olympique et une lueur d'espoir... qui fit d'ailleurs long feu avec la faillite de cette seconde imposture, en 1995.
Nous y perdons l'occasion de voir commercialisée l'EB112, savant clin-d'œil esthétique de Giugiaro aux Bugatti Royale, Atlantic et autres "tanks" d'avant-guerre.



Troisième épisode, en 1998..., Volkswagen, dont le mégalo empereur d'alors, Ferdinand Piech, veut une égo-mobile à sa démesure, rallume le flambeau.
Le meccano industriel des moteurs modulables VW accouche à l'envi d'ubuesques W18, ou triple V6 (!), mais plusieurs concept-cars successifs trahissent l'hésitation des nouveaux tenants de la licence Bugatti entre des paquebots néo-classiques EB118 et 218 dans la lignée de la EB112 mort-née, et la supercar "18.3 Chiron", suite logique de la peu passéiste EB110.
La deuxième option finit par l'emporter mais prudence !
En ces temps de retour aux sources où sévit le culte de l'authentique, le marketing se cherche une continuité historique avec le temps révolu d'Ettore et de Jean.
Entre-temps, VW rachète le château des Bugatti, transformé en parc d'attraction pour les futurs clients soucieux d'authenticité, ainsi qu'une des six Royale (le coupé de ville carrossé par Binder, hideux mais malgré tout authentique...) en guise de caution historique à la future imposture, dûment immatriculée "67", cela va de soit.
Et si l'emblématique usine de Molsheim, qui existe toujours, s'appelle désormais Messier-Bugatti et travaille pour l'aéronautique, VW en construit une autre de toutes pièces dans la cour du château.
Il ne manquait plus aux Allemands qu'à baptiser le nouveau modèle du nom d'un pilote Bugatti des temps héroïques, j'ai nommé Pierre Veyron, pour s'acheter définitivement une légitimité.
Et la légitimité de cette "16.4 Veyron" que VW, pardon, Bugatti S.A.S., finit par commercialiser en 2006, qu'en est-il justement ?
"Rien n'est trop beau, rien n'est trop cher", déclarait Ettore Bugatti.
En ce sens, la Veyron, avec sa surenchère technologique sans finalité rentable et sa fiche technique où n'a de place aucun petit chiffre, tient de la délirante Royale.
A cette nuance près que la Royale fait figure d'exception dans une épopée Bugatti marquée par le culte de la légèreté.
"Les Bugatti 13 et 35 se manient comme un vélo. Elles sont très faciles à placer en virage", argumente Marc Nicolosi, fondateur de Rétromobile et président du Club Bugatti France, "Ettore avait compris avant tout le monde l'avantage de la légèreté, un principe que Colin Chapman a repris sur ses Lotus : la recherche de la légèreté pour plus d'efficacité".



Le poids, voilà bien un ennemi que les stakhanovistes de VW ont omis dans leur obsession des 1001 chevaux si porteurs au pays des 1001 nuits blanches, mais si coûteuse sur la balance.
Deux tonnes : l'invraisemblable défi des 400 km/h tout confort porte préjudice à l'obèse Veyron, ridiculisée sur la piste de Top Gear par de fluettes Pagani Zonda F et Catherman R500, des adversaires bien moins puissants mais au poids plume.
En découvrant les singeries que les Allemands ont fait de son nom et de sa philosophie, Ettore raillerait-il "le camion le plus rapide du monde" comme il le faisait des Bentley au Mans ?
Toujours est-il que le masque tombe et que la Bugatti Piech/Volkswagen Veyron trahit son appartenance à cette école typiquement germanique recherchant bêtement la puissance pour la puissance.
A la lumière d'un cataclysme financier, à l'heure où des obsédés de la surmotorisation tels AMG découvrent soudainement qu'il est possible d'utiliser plus intelligemment l'énergie fossile, que va-t-on bien pouvoir retenir de cette usurpatrice "Bugatti", sinon un coup médiatique du groupe VW sans fondement ni lendemain ?



Dans nos économies ultra-concurrentielles, les nouveaux disciples de Mercure ont poussé l'obsession mercantile jusqu'à faire des chartes graphiques un enjeu de pinaillages anxiogènes alors que les exhibitions publiques de leur camelote tiennent désormais du projet architectural d'envergure.
Dès lors, vous comprendrez combien l'achalandage sexuellement naïf de ce stand Bugatti, me laisse songeur.
Nous touchons-là le bordel du mercatique !
Dans ce capharnaüm de modeste foire locale où trône pourtant l'une des Jocondes automobiles, s'amoncelle une ribambelle de pots de fleurs qui tentent d'enjoliver l'engine...
Ingénu souvenir d'un monde infiniment moins productif et performant que spontané !

 
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